Parentalité

Soutenir un enfant lors de ses premières amitiés et conflits sociaux

Par Maxime
5 minutes

Comprendre l’enjeu des premières relations sociales chez l’enfant


L’entrée à l’école, l’inscription à une activité ou simplement les jeux au parc marquent un tournant dans la vie d’un enfant. C’est souvent à ces occasions qu’il tisse ses premières vraies amitiés et découvre, par la même, la réalité des désaccords ou des disputes. Ces expériences, à la fois enthousiasmantes et parfois éprouvantes, posent les bases d’un savoir-être essentiel : vivre avec les autres, exprimer ses émotions et se construire une première identité sociale.


Pourquoi ces premières amitiés comptent autant ?


  • Affirmer sa personnalité : Les premiers copains aident l’enfant à sortir du cercle familial, à tester, à copier et à s’inventer hors du regard des parents.
  • Développer l’empathie : Jouer à deux, partager ou attendre son tour, demande d’apprendre à se mettre à la place de l’autre.
  • Construire la confiance : À travers des amitiés naissantes, l’enfant découvre l’importance de la loyauté, de la confidentialité et de la réciprocité.

Cela peut donner lieu à des joies intenses (“C’est mon meilleur ami !”) mais aussi à des premières peines ou disputes, souvent vécues très fortement.


Premiers pas dans la socialisation : ce qui se joue concrètement


  • Jouer, c’est apprendre à négocier : Choisir une règle du jeu, partager le matériel… L’enfant va vite se confronter à la diversité des caractères, au respect des tours, à la gestion de la frustration.
  • Les disputes font partie du processus : Contrariétés, petites jalousies ou conflits pour « être le chef » sont inévitables. Ce sont des occasions pour apprendre à exprimer ses limites, à demander de l’aide ou à chercher un compromis.
  • Le rôle du parent n’est pas celui d’arbitre permanent : Laisser un peu d’autonomie, c’est aussi accepter que les enfants testent d’eux-mêmes la résolution de leurs désaccords, tout en restant disponibles pour guider si besoin.

Identifier les difficultés courantes… sans dramatiser


  • L’enfant n’arrive pas à se faire de copain : C’est fréquent, surtout au début. Tempérament réservé, fatigue, décalage d’âge ou timidité peuvent expliquer une observation prudente avant de s’engager.
  • Les disputes semblent répétitives : Faire et défaire des alliances, se fâcher “pour rien”… Malgré leur intensité, ces conflits sont généralement passagers. Ce sont des apprentissages indispensables pour comprendre la nuance dans les relations.
  • Mon enfant se sent exclu : Parfois, il a le sentiment de ne jamais être choisi, ou de passer au second plan. Cela demande d’être vigilant : une exclusion persistante mérite un accompagnement attentif.

Soutenir sans surprotéger : trouver la bonne posture parentale


  • Encourager sans forcer : Certains enfants ne sont pas en demande constante de copains et préfèrent un ou deux amis à un grand groupe. Respectez ce tempérament tout en proposant des occasions de rencontres régulières (invitations, sorties, activités).
  • Miser sur l’écoute active : Face à une déception ou une dispute, accueillez le récit de l’enfant sans relativiser ni dramatiser (“Ce n’est pas grave, tu en trouveras d’autres”). Reformulez ses émotions (“Tu te sens triste parce que ton ami a joué avec d’autres aujourd’hui”) pour l’aider à mieux les identifier.
  • L’aider à verbaliser : Les petits ne mettent pas toujours des mots sur ce qu’ils vivent. Rejouer une situation avec des figurines ou à travers un dessin peut ouvrir le dialogue.
  • Proposer des solutions concrètes : Imaginer ensemble ce que l’enfant pourrait dire ou faire la prochaine fois (“Que pourrais-tu proposer si tu veux jouer avec eux ? Et si on n’est pas d’accord, qu’est-ce qu’on fait ?”).

Outiller son enfant à gérer petits conflits et grosses émotions


  • Mimer, jouer, inventer : Les jeux de rôle avec l’enfant ou en petit groupe permettent de s’exercer à dire ce qu’on ressent, à exprimer un refus, à demander pardon… Ex : “Tu joues l’enfant triste, je fais celui qui ne veut pas partager.”
  • Valoriser les progrès : Dites à l’enfant quand vous le voyez faire un effort pour s’intégrer, partager, régler un conflit ou consoler un copain.
  • Raconter ses propres expériences : Partager des souvenirs de disputes ou d’amitiés de votre enfance rassure et donne à voir qu’aucune histoire relationnelle n’est linéaire.
  • Parler du pardon et de l’empathie : Apprendre que chacun peut commettre une maladresse, que le pardon est possible et que l’on a le droit de passer à autre chose.

Les erreurs à éviter pour ne pas aggraver la situation


  • Prendre systématiquement parti : Vouloir défendre son enfant “coûte que coûte” peut fausser son sentiment d’équité et entraver l’apprentissage de l’autonomie relationnelle.
  • Interpeller directement les parents d’un autre enfant : Mieux vaut favoriser le dialogue entre les enfants sous votre supervision avant de s’adresser aux adultes, sauf en cas de situation grave ou répétée.
  • Promettre d’intervenir tout le temps : Cela risquerait de rendre l’enfant dépendant de votre résolution et d’inhiber sa confiance dans ses propres ressources.
  • Minimiser ses ressentis ou moquer la gravité du “petit” conflit : Pour lui, les premières disputes sont réellement importantes et peuvent affecter son estime de soi si elles sont banalisées.

En pratique : des pistes pour développer les compétences sociales au quotidien


  • Invitez un ou deux copains à la maison pour des jeux sans enjeu de rivalité (peinture, légos, pâte à modeler…), pour permettre des échanges dans un cadre sécurisé.
  • Lisez ensemble des histoires qui parlent d’amitié, de séparation ou de conflit (nombreux albums jeunesse traitent avec simplicité de ces thèmes).
  • Proposez à votre enfant de préparer une carte ou un dessin à donner à un copain, pour renforcer l’initiative positive dans la relation.
  • Encouragez la pratique de jeux coopératifs plutôt que compétitifs, afin de favoriser l’entraide et l’écoute de l’autre.
  • Accompagnez l’enfant dans des activités de groupe extrascolaires (sport, atelier créatif, musique…) pour multiplier les occasions de se lier différemment.

Repérer quand il faut intervenir : les limites de la gestion autonome


La plupart des brouilles se règlent d’elles-mêmes. Mais restez attentif à certains signaux qui doivent alerter :

  • L’enfant est systématiquement rejeté ou moqué ;
  • Il développe une peur d’aller à l’école ou à l’activité hebdomadaire, ou manifeste un désintérêt marqué pour toute relation ;
  • Vous constatez des changements de comportement brusques (irritabilité, tristesse, sommeil perturbé) liés à ses interactions sociales ;
  • Des violences physiques, menaces ou humiliations se répètent.

Dans ces situations, sollicitez l’équipe enseignante, les animateurs ou un professionnel (psychologue, médecin scolaire) pour comprendre et agir.


En résumé : accompagner pour renforcer la confiance et l’autonomie sociale


  • Les relations entre enfants sont faites d’allers-retours continus entre amitié et désaccord. Chaque situation est l’occasion d’apprendre à écouter, exprimer, s’affirmer ou réparer une erreur.
  • L’essentiel pour le parent est d’offrir un espace d’écoute, sans imposer de solution toute faite, mais en encourageant l’enfant à tester ses propres ressources – et à savoir demander de l’aide si besoin.
  • Valoriser autant les efforts que les réussites, laisser s’installer la confiance… et rappeler que ce qui paraît insurmontable sur le coup devient souvent une nouvelle anecdote à partager quelques jours plus tard.
  • Enfin, la clé d’une socialisation solide et apaisée, c’est aussi d’être respecté dans sa singularité : chaque enfant tisse sa toile sociale à son rythme, avec ses forces et ses fragilités.

En famille, il est possible d’accompagner son enfant pour transformer ses premières explorations amicales comme ses petites disputes en expériences formatrices, bases d’équilibre pour sa vie sociale future.

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