Santé des enfants

L’air intérieur : son impact méconnu sur la santé des plus jeunes

Par Maxime
5 minutes

L’air que nous respirons chez nous : un enjeu santé souvent sous-estimé


On pense souvent à l’alimentation, au sommeil ou aux microbes pour protéger les enfants. Mais un facteur invisible, l’air de la maison, influence aussi fortement leur santé. Or, en France, nous passons en moyenne 90% de notre temps dans des espaces clos, et les plus jeunes encore davantage : crèches, écoles, chambres, salons… L’air intérieur peut pourtant contenir une multitude de polluants insoupçonnés, parfois plus concentrés qu’à l’extérieur.


Pourquoi les enfants sont-ils particulièrement vulnérables ?


  • Leur organisme est en croissance : Les poumons, le cerveau et le système immunitaire évoluent jusqu’à l’adolescence. Un environnement sain est donc primordial.
  • Des voies respiratoires plus sensibles : Les enfants respirent plus vite, inhalent plus d’air par kilo que les adultes, et leurs défenses ne sont pas toutes en place.
  • Proximité avec le sol : Poussières, allergènes, composés chimiques… tout ce qui retombe finit sur le tapis, les jouets, où les petits jouent et rampent.
  • Moins de moyens de se protéger : Ils ne savent pas aérer, éloigner les sources de pollution, ni reconnaître certains dangers (tabac, moisissures, etc.).

D’où proviennent les polluants intérieurs ?


  • Matériaux et mobiliers : Les colles, peintures, vernis, moquettes ou meubles neufs peuvent relâcher des COV (composés organiques volatils) parfois durant plusieurs années.
  • Activités quotidiennes : Cuisiner (en particulier au gaz), utiliser des sprays, des bougies parfumées, de l’encens ou fumer à l’intérieur.
  • Mauvaise aération : Humidité, moisissures et acariens prolifèrent dans les pièces peu ventilées.
  • Produits ménagers : De nombreux détergents, désinfectants et désodorisants contiennent des substances irritantes ou allergisantes.
  • Présence d’animaux : Poils, squames et salive augmentent la charge allergénique.

Quels sont les principaux risques pour la santé des enfants ?


  • Asthme et allergies : Environ 10% des enfants sont asthmatiques en France. L’exposition à des allergènes (moisissures, acariens, poils), à des polluants chimiques ou à la fumée de tabac à la maison favorise l’apparition ou l’aggravation de l’asthme et des rhinites allergiques.
  • Infections ORL répétées : Un air de mauvaise qualité irrite les muqueuses, entraîne des toux, rhinopharyngites, et gêne la récupération lors des maladies.
  • Effets sur le développement : Certains polluants, comme le formaldéhyde ou le benzène, sont soupçonnés de nuire au bon développement neurologique et cognitif lors d’expositions répétées.
  • Aggravation des problèmes dermatologiques : Eczéma, rougeurs ou conjonctivites sont parfois exacerbés par les irritants contenus dans l’air intérieur.

Quels signes doivent alerter les familles ?


  • L’enfant se plaint de maux de tête récurrents, sans raison apparente.
  • Toux chronique, respiration sifflante, nez qui coule constamment.
  • Crises d’asthme plus fréquentes à la maison qu’à l’extérieur.
  • Somnolence, fatigue inhabituelle, troubles de la concentration.
  • Irritations des yeux, de la peau ou de la gorge sans explication claire.

Les pistes prioritaires pour assainir l’air intérieur au quotidien


Aérer, oui… mais efficacement !


  • 10 minutes minimum matin et soir, même en hiver : ouvrez en grand, surtout la chambre des enfants et le salon.
  • Pensez à bien aérer après chaque activité polluante : ménage, retour de courses (emballages), peinture, bricolage, etc.
  • Si possible, privilégiez des moments de faible pollution extérieure (évitez les heures de pointe ou pics de pollution signalés localement).

Alléger l’usage des produits chimiques


  • Passez aux nettoyants simples et bien dosés : savon noir, vinaigre blanc, bicarbonate.
  • Limitez les parfums d’intérieur, bougies, encens et sprays – ils n’améliorent pas vraiment la qualité de l’air.
  • Lavez régulièrement peluches, rideaux et textiles.

Misez sur la prévention dès l’arrivée d’un bébé


  • Peintures et meubles neufs : anticipez les achats et ouvrez longtemps la fenêtre après les travaux dans la chambre.
  • Evitez couvertures et tapis épais qui retiennent poussière et allergènes autour du lit.
  • Face à l’humidité : surveillez les murs, ventilez bien la salle de bain et réparez toute fuite rapidement.

Un geste clé : chassez le tabac à l’intérieur


  • Zéro compromis : Même une cigarette fumée à la fenêtre ou sur le balcon laisse des traces nocives sur vêtements, rideaux et sols (tabagisme passif et même résidus « troisième main »).
  • Faites du logement une zone 100% non-fumeur, y compris pour les visiteurs.

Soigner la ventilation dans chaque pièce


  • Assurez-vous que les entrées et sorties d’air (VMC, grilles, bouches) ne sont jamais obstruées ou bouchées par du mobilier, des tissus, etc.
  • Nettoyez ou faites contrôler la ventilation mécanique (VMC) au moins une fois par an.
  • Dans la salle de bain et la cuisine, pensez à laisser fonctionner le système d’extraction d’air plus longtemps après utilisation.

Ce qu’il vaut mieux éviter pour ne pas aggraver la situation


  • Pulvériser des désinfectants, antimites ou insecticides de façon systématique : Privilégiez des méthodes naturelles ou l’intervention ponctuelle d’un professionnel si besoin.
  • Laisser traîner les vêtements d’extérieur dans la chambre : Ils peuvent transporter des polluants de la rue ou des allergènes.
  • Faire dormir un tout-petit près d’appareils électroniques : Certains produisent de l’ozone ou d’autres polluants (notamment les imprimantes, copieurs à encre).
  • Parfumer systématiquement l’air : Un air qui sent bon n’est pas forcément sain. Les désodorisants masquent parfois la pollution.

Quelques idées reçues à revoir


  • « Un logement récent est forcément sain » : Certains matériaux récents relâchent plus de COV (colles, peintures, agglomérés non-certifiés) que les matériaux traditionnels.
  • « Aérer en ville ne sert à rien, l’air est pire dehors » : Même en ville, l’air intérieur concentre souvent plus de polluants, sauf en cas de pics majeurs.
  • « Les plantes dépolluent tout » : Si elles agrémentent le décor, leur capacité à filtrer les substances nocives est trop restreinte pour remplacer l’aération régulière.
  • « C’est parce qu’il y a de la poussière que l’enfant est malade » : La poussière accumule oui, mais l’humidité, les composés chimiques ou les allergènes cachés jouent aussi un rôle déterminant.

Des mesures concrètes faciles à appliquer, même avec un budget modeste


  • Programmez une routine d’aération matin et soir, impliquer les enfants (ouvrir leur fenêtre eux-mêmes, aider à aérer la salle de bain…)
  • Achetez progressivement des produits ménagers étiquetés « écolabel » ou « sans parfum ».
  • Prévoyez un nettoyage hebdomadaire des surfaces avec un chiffon humide — plus efficace qu’un simple plumeau.
  • Identifiez ensemble les sources d’humidité (linge qui sèche mal, fenêtres embuées…) et trouvez des solutions à hauteur d’enfant.
  • Ne surchauffez pas : la température idéale dans une chambre d’enfant est de 18-19°C, ce qui limite aussi la prolifération des allergènes.

Quand consulter un professionnel ?


  • Si malgré les efforts, l’enfant présente des symptômes respiratoires persistants ou des crises inexpliquées d’asthme.
  • Lorsqu’une odeur bizarre ou une humidité excessive persistent dans une pièce — possible présence de moisissures cachées.
  • En cas de doute sur la ventilation du logement, demandez conseil à votre médecin ou au service communal d’hygiène.

En résumé : intégrer la qualité de l’air dans la routine familiale


Sensibiliser toute la famille à l’eau invisible que l’on respire chaque jour est un levier simple pour préserver la santé des plus jeunes. Sans tomber dans la psychose, adapter quelques gestes concrets suffit à réduire les risques. Ouvrir les fenêtres, limiter les irritants, surveiller la ventilation : ces réflexes gagnés au quotidien amélioreront durablement le confort et le bien-être de tous à la maison. Garder un œil bienveillant, informer sans dramatiser, c’est déjà armer les enfants pour leur vie future — et respirer un peu plus sereinement, ensemble.

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