Pourquoi encourager les succès de son enfant est indispensable
Chaque enfant a besoin de sentir qu’il compte, qu’il progresse et qu’il peut relever des défis. Valoriser ses réussites, grandes ou petites, reste un puissant moteur : cela améliore la confiance en soi, encourage la prise d’initiative et construit, pas à pas, une estime solide qui résiste aux aléas de la vie.
Mais attention, l’art de la valorisation n’est pas de multiplier les compliments ou de féliciter sans nuance. Trop d’éloges – ou des compliments mal ajustés – peuvent conduire à l’effet inverse : anxiété de performance, peur de décevoir, dépendance au regard de l’adulte, ou sentiment que tout doit toujours marcher du premier coup.
L’objectif ? Soutenir et reconnaître l’enfant pour ses efforts sans tomber dans la surenchère, ni l’injonction systématique à réussir.
Faire la différence entre encourager, féliciter… et survaloriser
- Encourager consiste à soutenir l’enfant dans l’action (« Tu t’es bien accroché pendant ton exercice de maths », « Je te vois persévérer sur ton puzzle »). C’est une marque de confiance qui motive, avant n’importe quel résultat.
- Féliciter intervient après un accomplissement : réponse exacte, geste réussi, objectif atteint. Mais la félicitation doit rester centrée sur l’effort fourni, pas seulement sur la performance finale.
- Survaloriser, c’est exagérer l’ampleur de la réussite (« Tu es le meilleur de tous ! », « C’est un chef-d’œuvre ! » pour un simple dessin). À la longue, l’enfant perçoit que les compliments ne sont pas forcément sincères ou réalistes. Il peut douter de sa valeur réelle.
Effets pervers de la valorisation à l’excès
- Pression pour toujours être à la hauteur. Un enfant trop complimenté craindra d’être aimé seulement s’il réussit.
- Difficulté à se remettre en question. Si tout est « génial », d’où vient le besoin de progresser ?
- Recherche constante d’approbation. Cela crée une dépendance au regard extérieur : sans encouragement, certains enfants s’arrêtent d’agir ou doutent même de leur valeur.
- Dévalorisation des autres et rapport compétitif. « Je suis le plus fort » n’aide pas à coopérer ni à accepter la diversité des talents chez les autres.
Les bons réflexes pour encourager sainement
- Décrire ce que vous observez plus que juger
Par exemple : « Tu t’es beaucoup appliqué pour que ton dessin soit coloré », plutôt que « C’est magnifique ! » ou « Tu es un artiste ». - Valoriser le processus, pas seulement le résultat
Félicitez l’effort, la persévérance, la patience, ou l’audace d’avoir essayé quelque chose de nouveau. - Prendre du recul sur la notion de réussite
Montrez-lui que tout n’a pas besoin d’être parfait : rater fait partie du chemin.
Dîtes : « On voit où tu as eu du mal, et tu n’as pas lâché ! » - Adapter les éloges à la personnalité de l’enfant
Certains enfants sont très sensibles : un compliment trop enthousiaste peut les mettre mal à l’aise. D’autres, au contraire, ont besoin d’un regard plus extérieur. Cherchez le bon dosage, ajusté au vécu de votre enfant. - Laisser l’enfant s’auto-évaluer
Demandez-lui ce qu’il pense de son travail : « Qu’est-ce que tu as préféré dans ce que tu viens de faire ? » - Nommer aussi les progrès sur le terrain de l’autonomie
« Tu as rangé tes affaires tout seul ce matin, bravo ! », « Tu as osé poser une question à la maîtresse, je suis fier de toi ».
Ce qui aide à construire une estime solide, au quotidien
- Ritualiser des temps de partage
Profitez d’un repas ou d’un trajet pour demander à chacun : « De quoi es-tu fier aujourd’hui ? » - Mettre en valeur sans en faire un trophée
Exposez une création sur le frigo, envoyez-la à un proche, mais sans multiplier les messages ou réseaux sociaux : l’important, c’est la fierté ressentie par l’enfant, pas les likes. - Laisser place à la frustration et à l’échec
Rassurez l’enfant : « C’est normal que tout ne marche pas du premier coup », « Ce n’est pas grave, tu feras mieux demain ».
Partager vos propres défis ou difficultés vécus dans la journée montre l’exemple. - Aider l’enfant à prendre conscience de son évolution
Feuilletez ensemble de vieux dessins, vidéos ou cahiers : « Regarde comme tu as progressé depuis quelques mois ! »
Ce qu’il vaut mieux éviter
- Multipler les comparaisons, même positives
Comparer un enfant (frère, camarade, cousin) installe la rivalité : « Toi, au moins, tu obéis tout de suite ». Préférez les compliments centrés sur l’enfant lui-même. - Transformer chaque exploit en obligation
Féliciter un enfant pour s’être habillé seul, puis en exiger la même chose chaque jour sans marge d’erreur, enlève toute valeur à l’encouragement. - Corriger ou améliorer systématiquement
Vouloir « aider à faire mieux » tout de suite après une réussite peut décourager. Laissez-lui savourer son succès. - Faire de l’enfant le centre de la réussite familiale
Rendre la réussite de l’enfant indispensable pour la bonne humeur du foyer (« Tu as eu une bonne note, on va tous être contents maintenant ») met une pression injuste.
Exemples de mises en pratique pour toutes les situations
- À l’école : Félicitez une leçon apprise, mais aussi le courage d’avoir présenté un exposé, la façon de s’être organisé ou d’être retourné travailler après une mauvaise note.
- Dans le sport : Encouragez l’envie de progresser, le fait d’essayer un mouvement compliqué, même raté.
- À la maison : Remerciez l’aide spontanée (« Merci d’avoir mis la table sans qu’on le demande »), valorisez les petites missions accomplies, même maladroitement à l’âge de l’apprentissage.
- En société : Soulignez les interactions respectueuses (« Tu as prêté ton jouet sans obliger », « Tu as consolé ton copain ») qui comptent tout autant que les exploits techniques ou scolaires.
Quand et comment renforcer sans flatter ?
- Au moment de la réussite, mais aussi en dehors
Emmenez votre enfant repérer ses forces sur des temps calmes : « J’admire ta curiosité pour les animaux », « Ta patience en puzzle me bluffe ». - Utiliser la reformulation
Si l’enfant doute : « Tu dis que tu n’es pas fort en lecture, pourtant tu as lu cette histoire tout seul hier, qu’est-ce qui a été le plus facile pour toi ? » - Ne pas gonfler artificiellement ses qualités
Bannissez les exagérations (« Tu es exceptionnel », « Personne ne fait ça comme toi »), misez sur le concret, l’observable.
Routines concrètes à tester en famille
- Semaine des « petites fiertés »
Au dîner, chacun partage un petit succès ou une satisfaction : oser parler devant la classe, finir un livre, réussir une recette… On montre qu’il y a mille formes de réussite, pas que les grandes victoires visibles! - Panneau de progression
Affichez une carte de progrès, des « galets de fierté » ou des listes dessinées avec des étapes franchies chacun à son rythme : évite la comparaison directe entre frères et sœurs. - Retour sur les difficultés dépassées
Prenez cinq minutes pour faire raconter à l’enfant ce qu’il a réussi alors qu’il pensait ne jamais y arriver au début de l’année.
En synthèse : soutenir sans étouffer, reconnaître sans exagérer
Accompagner son enfant vers l’autonomie et l’estime de soi passe par des encouragements adaptés, réguliers, mais sans excès. Montrer que les réussites sont célébrées, que l’effort compte autant que le résultat, et que chaque progrès, même minuscule, est reconnu sur la durée, permet de forger une confiance qui résiste aux hauts et bas de la vie.
Valoriser oui, mais toujours avec authenticité, nuance et en s’adaptant à la personnalité de chaque enfant. Ce sont ces petites graines de fierté qui font, au fil du temps, l’adulte équilibré et sûr de ses capacités, capable de s’engager et d’oser… sans en rajouter inutilement.