Éducation

Le rôle des émotions dans les apprentissages scolaires

Par Maxime
5 minutes

Pourquoi les émotions comptent à l’école : le « sous-texte » invisible des apprentissages

Si l’on parle volontiers de méthodes pédagogiques, de niveau scolaire ou d’innovations en classe, on oublie souvent un ingrédient essentiel : les émotions. Pourtant, elles influencent chaque étape du parcours scolaire, du regard que l’enfant porte sur lui-même à sa façon de mémoriser, d’oser essayer ou d’interagir avec les autres. Tour d’horizon concret sur la place, longtemps sous-estimée, des émotions dans les apprentissages.


Apprendre n’est pas qu’un acte intellectuel : l’émotion, moteur (ou frein) de la mémorisation

Loin d’être un simple « bruit de fond » psychologique, l’émotion intervient dès que l'on apprend : elle colore l’expérience, module la motivation et peut décupler l’envie d’aller plus loin… ou bloquer le processus, notamment si un élève est envahi d’inquiétude, d’ennui ou de honte.
Quand une tâche scolaire génère du plaisir, de la curiosité ou de la fierté, elle s’ancre plus facilement. Inversement, le stress, la peur de mal faire ou de décevoir inhibent la capacité à retenir, à réfléchir ou à prendre des initiatives. Le cerveau émotionnel et le cerveau « rationnel » fonctionnent ensemble : un contexte bienveillant sécurise ; la tension chronique éteint le goût d’apprendre.


Des études qui parlent: quand la joie ou la peur « gravent » ou effacent l’information

  • Les neurosciences l’attestent : la mémoire fonctionne mieux sous le coup d’une émotion légère mais positive que dans l’indifférence.
  • Le stress aigu ou répété (pression de performance, conflits, critiques régulières) court-circuite le cortex préfrontal et empêche la concentration ou l’analyse.
  • Un sentiment de compétence (quand l’enfant sent qu’il « y arrive ») augmente la motivation pour la suite, grâce à la production de dopamine, l’hormone du plaisir et de l’effort réussi.

Émotions en classe : identifier, accueillir, transformer

Pourquoi certains enfants décrochent-ils tandis que d'autres « s'accrochent » même en cas d’erreur ? Souvent, la différence ne tient pas seulement à « l’intelligence scolaire » mais à la façon d’aborder leurs émotions face à l'échec ou la difficulté.
De plus en plus d’écoles intègrent des temps pour nommer ce qui se passe à l’intérieur : cercles de parole, exercices de respiration ou météo des émotions en début de journée. Ce n’est pas seulement un « plus » de confort : c’est un socle pour apprendre à apprendre.


Comment aider chaque élève à mieux vivre ses émotions à l’école ?

  • Ritualiser l’accueil des émotions : Encourager les enfants à partager comment ils se sentent en début de journée, sans jugement (p.ex. : « ce matin, je suis stressé car j’ai un contrôle »).
  • Valoriser l’erreur comme étape, non comme faute : Mettre en avant ce qui a été tenté, encourager la persévérance, proposer de revenir sur l’échec pour comprendre ce qui a bloqué.
  • Favoriser la coopération et l’écoute : Par des activités qui misent sur la complémentarité et non sur la compétition systématique.

L’impact concret sur l’organisation familiale : à la maison aussi, émotion rime avec cognition

Ce n’est pas qu’en classe que l'émotion pèse sur les apprentissages. Le retour de l’école, le temps des devoirs ou le bilan de la semaine sont l’occasion de mettre des « mots sur les maux » : un enfant en proie à la frustration après une mauvaise note ne profitera d’aucun cours de soutien si sa confiance est minée.
À la maison, quelques pistes font la différence :

  • Inviter au dialogue, sans dramatiser : Plutôt que de se focaliser uniquement sur le résultat (« Pourquoi as-tu eu 8/20 ? »), demander comment il s’est senti lors de l’évaluation.
  • Se focaliser sur les efforts, pas seulement sur les bulletins : Valoriser la démarche d’apprentissage (mémoire, organisation, ténacité), même s’il reste du chemin vers la réussite chiffrée.
  • Accepter que tout ne soit pas toujours sous contrôle : Laisser l’enfant exprimer ses déceptions ou ses peurs, sans chercher à les minimiser d’emblée (« Ce n’est pas grave… »).

Quand les émotions débordent : repérer les signaux et agir

Il arrive que la charge émotionnelle dépasse les capacités de régulation – même chez les ados ou les enfants réputés « sages ». Crises à la maison, refus d’aller en classe, effondrement lors d’un échec : ces signaux ne sont pas des caprices. Ils indiquent que le réservoir émotionnel est plein et qu’un accompagnement s’impose.
Certains enfants ont plus de mal à réguler : hypersensibilité, anxiété, manque de confiance ou harcèlement scolaire amplifient cet état.

  • N’hésitez pas à solliciter l’équipe éducative, l’infirmière scolaire ou un professionnel extérieur, dès lors que les troubles persistent et que la dynamique familiale en pâtit.
  • Certains exercices simples (cohérence cardiaque, pause respiration, dessin ou écriture sur ce qu’on ressent) soulagent et offrent de petits « sas de décompression » au quotidien.

Les émotions, socle des apprentissages durables : exemples d’actions concrètes « qui marchent »

Nombre d’équipes éducatives et de familles ont innové, parfois avec peu de moyens, pour mieux prendre en compte le facteur émotionnel :

  • La météo du matin : dans certaines classes, chaque élève place son étiquette sur un nuage, un soleil, une pluie pour indiquer comment il se sent ; cela permet à l’enseignant d’adapter le tempo ou de repérer les besoins d’écoute.
  • La boîte à besoins : un outil où chacun peut glisser une note (anonyme ou non) sur ses difficultés ou inquiétudes ; cela brise la peur de parler en public.
  • L’éducation émotionnelle comme discipline : à travers des séquences sur la gestion du stress, la gratitude, l’expression non violente, le « vivre ensemble » prend des allures concrètes et impacte la réussite scolaire.

Ce qu’il vaut mieux éviter : pièges courants ou mauvaises habitudes

  • Banalisations du type : « Ça ne sert à rien de pleurer… Reprends-toi ! ». Refouler une émotion ne l’efface pas, il s’agit d’apprendre à la traverser.
  • Récompenser ou punir uniquement sur les notes : La pression du résultat, sans prise en compte du vécu émotionnel, accentue le stress et peut dégoûter durablement.
  • Mettre tous les enfants « dans le même moule » : Certains réagissent avec enthousiasme à la nouveauté, d’autres ont besoin de réassurance ou de plus de temps pour oser.
  • Ignorer l’impact du groupe : Les émotions sont « contagieuses » ; si l’ambiance de classe est tendue, la peur de la moquerie ou l’exclusion menacent l’acquisition des savoirs.

En résumé : miser sur l’intelligence émotionnelle, un investissement gagnant pour tous

L’intégration du facteur émotionnel à l’école et à la maison n’est ni une mode ni une lubie : c’est une clé d’un apprentissage solide, durable et porteur de sens. Savoir écouter, exprimer, comprendre puis réguler ses émotions n’est pas incompatible avec l’exigence scolaire – au contraire, c’est la condition pour que l’enfant (ou l’ado) prenne plaisir à apprendre, ose sortir de sa zone de confort et développe sa confiance en lui.
Au quotidien, privilégier l’accueil des ressentis, la valorisation de l’effort et la coopération prépare chaque élève à « apprendre à apprendre » – à l’école comme tout au long de la vie.


L’essentiel : encourager une culture éducative où l’on n’oppose plus raison et émotion, mais où chacune nourrit l’autre pour favoriser l’épanouissement et la réussite de tous.

Articles à lire aussi
loisirsfamille.fr