Changer de regard : pourquoi encourager la coopération dès l’enfance ?
L’esprit de compétition fait partie du paysage, que ce soit à l’école ou à la maison : meilleur élève, premier de la classe, qui a rangé sa chambre le plus vite, qui finit son assiette en premier… Pourtant, les recherches le montrent : coopérer, apprendre à travailler à plusieurs pour atteindre un objectif commun, rend les enfants plus confiants, solidaires et motivés. Dans un monde où l’on parle beaucoup d’esprit d’équipe, alors pourquoi continuer à valoriser la rivalité au détriment du collectif ?
Compétition : quels effets sur le développement ?
La compétition n’est pas mauvaise en soi. Elle peut stimuler l’envie de progresser et donner des repères. Mais à l’excès, elle peut générer :
- Stress, anxiété et perte d’estime de soi : la peur de l’échec écrase la prise d’initiative.
- Rivalités et jalousies : la réussite de l’autre devient une menace.
- Démotivation des enfants "dans la moyenne" : ceux qui pensent ne jamais pouvoir être « les meilleurs » décrochent.
- Moins d’entraide et d’attention à l’autre : la coopération devient suspecte (« T’es un fayot si tu aides ! »).
En bref : trop de compétition isole, crée des peurs et des comparaisons toxiques – et ce, dès la maternelle.
La coopération : une force au quotidien et pour la vie
Favoriser la coopération, c’est apprendre ensemble. Les bénéfices sont nombreux :
- Développement de l’empathie : en écoutant les autres, on apprend à se mettre à leur place.
- Apprentissage du dialogue et du débat : trouver des solutions collectives, argumenter, écouter, négocier.
- Plus d’autonomie et de persévérance : les enfants coopérants sont plus actifs et fiers de leur contribution.
- Un climat plus serein : tensions et bagarres diminuent à mesure que l’entraide progresse.
- Préparation au monde adulte : dans la vie pro ou citoyenne, le travail collectif est la règle, pas l’exception !
À l’école : des pistes concrètes pour coopérer plutôt que comparer
- Miser sur le travail en petits groupes : en classe, proposez des exercices par deux ou par quatre, où chaque membre a un rôle précis (le rapporteur, celui qui note, celui qui lit…), au lieu de faire "réciter chacun son tour" devant toute la classe.
- Objectifs partagés : plutôt que « qui aura la meilleure note ? », on vise « atteindre tous la compétence », « bâtir ensemble un projet », « fabriquer une affiche, écrire collectivement une histoire ».
- Jeux coopératifs et débats : privilégier les jeux où tout le monde gagne ou perd ensemble (puzzles géants, défis de logique, énigmes à résoudre en équipe...) et organiser des débats où chacun partage un point de vue sans jugement.
- Valoriser l’entraide : pourquoi ne pas encourager le tutorat entre élèves ? Un élève ayant compris un exercice peut expliquer à un camarade en difficulté : bénéfice pour tous, et responsabilité pour le « tuteur ».
- Désamorcer la comparaison systématique : mettre l'accent sur les progrès individuels (« Tu t’es amélioré depuis la dernière fois ! ») plutôt que sur le classement par rapport à la classe.
Bon à savoir :
- Beaucoup d’écoles expérimentent la « correction coopérative » : les élèves relisent et corrigent les travaux ensemble, réfléchissent aux pistes d’amélioration, au lieu d’attendre la sanction de la note.
- Certaines classes adoptent le conseil d’élèves : gestion collective des conflits, choix d’activités, règles établies ensemble…
En famille : booster l’esprit d’équipe à la maison
- Défis communs : transformez les corvées en missions collectives. Plutôt que « Qui va débarrasser le plus vite ? », proposez « Comment s’organiser pour que tout soit rangé en 10 minutes ? ».
- Projets à plusieurs : cuisiner ensemble (préparer un gâteau dont chacun réalise une étape), construire une cabane, organiser une fête de famille, lancer un puzzle géant…
- Prendre des décisions en famille : organiser un conseil familial où chacun propose une idée d’activité pour le week-end, et où l’on vote (ou combine) les suggestions.
- Féliciter « l’équipe » : valoriser la réussite collective (« Grâce à votre coopération, la maison est propre pour accueillir les copains ! ») et non distinguer systématiquement le « meilleur » ou le « plus rapide ».
- Éviter les comparaisons internes : bannir les « Regarde, ton frère a déjà fini ses devoirs », au profit d’un encouragement personnalisé.
Par quoi remplacer la compétition ? Jeux et méthodes pour coopérer
- Les jeux de société coopératifs : sortie des classiques « un gagnant, tous les autres perdent », privilégiez des jeux où toute la famille gagne (ou perd) ensemble : Hanabi, The Mind, Bandido, ou encore des escape-games à la maison.
- Défis famille : créer ensemble un record maison (ex : construire la plus haute tour de Kapla avant la fin du chrono, battre en équipe un défi sportif collectif…)
- Carnet de missions d’entraide : chaque membre note une action pour aider un autre (aider à apprendre une poésie, lire une histoire…)
Les pièges à éviter quand on veut encourager la coopération
- Transformer la coopération en compétition déguisée : attention à ne pas faire de la coopération un prétexte à créer de nouveaux classements (ex : « la meilleure équipe de la semaine », « combien de points d’entraide as-tu gagnés ? »).
- Valoriser seulement les forts : la coopération, c’est justement aider à ce que chacun ait un rôle, y compris ceux qui progressent plus lentement.
- Imposer la coopération : impliquer les enfants dans le choix des activités et les laisser trouver comment s’organiser évite de transformer la coopération en corvée.
Astuce : encourager la coopération discrètement
- Laisser les enfants organiser eux-mêmes un jeu, une répartition de tâches, même si ce n’est pas « parfait » au départ.
- Mettre en avant les récits d’histoires où la réussite collective triomphe (« Astérix et Obélix s’en sortent ensemble, jamais seuls ! »).
Et chez les ados : la coopération, moteur de confiance et d’engagement
À l’adolescence, la peur du regard des autres et la pression des résultats peuvent raviver la compétition. Pourtant, de plus en plus de projets « jeunes » valorisent aujourd’hui l’engagement collectif : associations, junior coopératives, programmes d’entraide (tutorat scolaire, projets solidaires...). Ces expériences montrent aux ados qu’ils ont un pouvoir d’agir ENSEMBLE, et pas uniquement en s’opposant les uns aux autres.
Conseil spécial parents d’ados :
Incitez votre ado à s’impliquer dans des actions collectives (aide aux devoirs entre pairs, projets citoyens, mission associative, organisation d’événements sportifs ou culturels). Écoutez ses envies de « faire bouger les choses » sans juger trop vite ses idées.
Prendre le bon réflexe : résumer, féliciter, valoriser ce qui progresse
- Faites régulièrement des retours sur les situations de coopération vécues : « Aujourd’hui, c’est chouette, tout s’est enchaîné parce que vous avez réfléchi ensemble », « Regardez la différence quand on s’entraide par rapport à quand on fait chacun dans son coin… »
- Inclure chacun au maximum : demander l’avis de tous, donner une part à chacun, même petite.
En résumé : de petits changements pour de grands effets sur le climat familial et scolaire
Accompagner les enfants (et les adultes !) vers plus de coopération, c’est les outiller pour la vie : confiance, ouverture sur l’autre, capacité à s’exprimer sans peur d’être jugé ou de perdre. En famille comme en classe, moins de concurrence, c’est plus de sérénité, de réussite partagée et de souvenirs heureux. Et si le prochain défi, chez vous, c’était de remplacer le « mais qui va gagner ? » par un chaleureux « Comment on s’y prend tous ensemble ? »
À tester sans modération : le jeu, l’humour, la valorisation de l’équipe et la bonne humeur sont les ingrédients clés d’une culture coopérative, à la maison comme à l’école !