Pourquoi la prise de parole est essentielle pour les enfants et ados
Être à l’aise pour s’exprimer devant les autres n’est pas inné pour tout le monde, mais il s’agit d’une compétence essentielle à cultiver dès l’enfance. Que ce soit à l’école ou à la maison, apprendre à formuler son opinion, à demander de l’aide ou à raconter un événement construit la confiance en soi et prépare à de nombreux défis futurs : travaux d’équipe, prise d’initiative, gestion des conflits ou passages devant un jury. Pourtant, de nombreux enfants restent en retrait, soit par timidité, soit par peur de se tromper ou de mal s’exprimer. Comment les aider concrètement à s’emparer de la parole ?
À la racine : ce qui freine ou encourage à parler
- La peur du jugement : La crainte de se tromper, d’être moqué ou de ne pas trouver les bons mots freine de nombreux enfants.
- Le manque d’habitude ou de modèles : Si la parole est rarement laissée ou valorisée à la maison ou en classe, l’enfant n’ose pas tenter l’expérience.
- L’environnement : Un climat bienveillant, sans interruptions ni moqueries, favorise la participation orale. À l’inverse, une ambiance tendue ou désintéressée bride la spontanéité.
- Les différences de personnalité : Certains enfants sont naturellement plus réservés. Pour eux, la stimulation doit être progressive et adaptée.
Créer un climat favorable : la base du déclic
L’écoute active est un levier-clé. À la maison comme en classe, il n’y a pas de secret : plus on donne réellement de l’attention à l’enfant quand il prend la parole, plus il sera tenté de recommencer. Installez un climat sans ironiques remarques, sans ricaner quand il se trompe, et montrez que chaque intervention compte, même imparfaite. Cela passe par des phrases simples : « Merci d’avoir partagé ton point de vue », « C’est intéressant, tu peux préciser ? » ou encore « Je n’avais pas pensé à ça ».
À la maison : des routines pour débrider l’expression orale
- Les débats ou jeux de rôle
Proposez régulièrement des petites discussions sur des sujets du quotidien : « Tu préfères les tartines ou les céréales ? Explique pourquoi ». Pour aller plus loin, organisez des débats en famille sur des thèmes légers. Pour les plus joueurs, inventez des sketchs à deux, ou des jeux où chacun doit présenter un objet ou raconter une histoire inventée. - La météo des émotions
Chaque soir, proposez un rapide tour de ressenti : « Aujourd’hui, je me suis senti… ». Le but n’est pas d’analyser mais d’habituer à l’introspection et à la verbalisation. - Écouter sans interrompre
Montrez l’exemple : quand votre enfant commence à parler, ne l’interrompez pas – même pour corriger. Attendez la fin, puis, éventuellement, reformulez avec lui. Cela apaise la peur du « faux pas ». - Mettre des mots sur les choses
Pour les plus jeunes, nommez ensemble ce qui les entoure, encouragez les questions, valorisez la curiosité. Plus le vocabulaire est riche, plus l’enfant est outillé pour prendre la parole.
En classe : what works vraiment pour encourager la prise de parole
- Multiplication des formats
Alterner petits groupes, travail à deux, exposés rapides, « mot du jour » à présenter : toutes les occasions sont bonnes pour que chaque élève trouve son rythme. - L’encouragement du brouillon
Laisser le droit à l’erreur. Valoriser la tentative, même maladroite, plutôt que la réponse parfaite. « Essayer, c’est déjà réussir un peu » - La règle du « chacun son tour »
Imposer que chaque élève ait la parole, même brièvement, lors d’un tour de table – en veillant à ce que les plus discrets aient priorité. - Des temps d’écoute active
Travailler parfois la capacité à écouter, puis à reformuler ce qu’un autre a dit. L’écoute attentive nourrit indirectement l’aisance à parler.
Comment débloquer les profils très réservés ?
- Débuter par du "one to one"
Avant d’imposer la parole devant tout un groupe, privilégiez tout d’abord la discussion en petit comité : les duos enfant-adulte, ou entre deux copains, sont bien moins intimidants. - Préparer à l’avance
Certains enfants se sentent perdus face à la prise de parole spontanée. Autorisez-les à préparer, sous forme d’un court texte ou même de quelques mots-clés, ce qu’ils souhaitent dire. Plus la structure est présente, moins l’angoisse grandit. - Valoriser chaque progrès
Un petit mot en plus prononcé devant la famille, une question posée en classe… Soulignez ces progrès, même minimes, pour ancrer la fierté et l’envie d’aller plus loin. - Éviter les comparaisons
Chaque enfant évolue à son rythme. Le comparer à un camarade confiant peut renforcer le mutisme. Préférez un suivi individualisé et sans pression.
Quand la prise de parole devient un atout pour grandir
- Développer l’esprit critique
Exprimer une idée, argumenter, nuancer… Ce sont autant de briques qui construisent le débat, la capacité à justifier ses choix et à s’ouvrir aux autres opinions. - Renforcer l’empathie
La parole ne sert pas qu’à s’exprimer. Comprendre les mots d'autrui, reformuler, réagir au vécu de l’autre développe écoute et compréhension : deux fondamentaux du vivre-ensemble. - Prévenir le repli
Oser parler, même sur de petites choses, c’est aussi rompre avec la peur de l’isolement. Plus l’entraînement est régulier, moins la timidité devient une fatalité.
Pièges à éviter pour ne pas bloquer l’élan
- L’interrogatoire ou la pression constante
Poser trop de questions ou attendre de l’enfant qu’il se lance à tout prix peut avoir l’effet inverse. Laissez-lui des espaces de parole naturels, sans l’obliger, pour éviter d’associer cette pratique à une contrainte. - Corriger en permanence
Reprendre systématiquement la grammaire, le ton ou le vocabulaire casse la prise d’initiative. Laissez couler, sauf si la correction est demandée ou vraiment nécessaire. - Moqueries et jugements
Que ce soit entre frères et sœurs, à l’école ou même venant d’adultes, les petits rires ou commentaires peuvent bloquer toute velléité de s’exprimer. Instaurez la règle du respect mutuel sur ce point. - Préférer “l’exposé” aux prises de parole libres
Trop miser sur de la prise de parole “officielle” (exposé, présentation) peut décourager ceux qui manquent de confiance. Privilégiez l’expression au fil du quotidien derrière un cadre rassurant.
Trucs et astuces ludiques pour encourager à la maison
- Le jeu du micro
Fabriquez (ou improviser) un micro avec un bâton ou une cuillère : celui qui a le micro est le seul à parler, les autres écoutent. Idéal pour un tour de table avant le coucher ou au goûter. - Le mot interdit
Choisissez un mot du quotidien (ex : « manger », « jouer ») qu’il faudra éviter pendant une discussion ou un récit. Cela stimule la créativité orale et l’écoute. - Le journal de bord oral
Demandez à l’enfant de raconter chaque soir le fait marquant de sa journée, comme un “mini-journal” personnel. Il peut même enregistrer sa voix pour s’amuser avec. - Les histoires en chaîne
Une personne commence une histoire, chacun à tour de rôle poursuit avec une phrase ou deux. Cela entraîne à l’expression spontanée sans pression.
Quand s’inquiéter et comment agir si le blocage persiste ?
Silence persistant, refus de parler même dans un contexte ultra-bienveillant, isolement social marqué : si ces signes durent, n’hésitez pas à en discuter avec l’enseignant ou un professionnel (orthophoniste, psychologue). Parfois, un trouble sous-jacent (bégaiement, mutisme sélectif…) demande un accompagnement différent. L’objectif reste d’écarter la culpabilité et d’offrir un cadre rassurant, sans presser l’enfant.
Pour aller plus loin : intégrer la parole à la vie de famille et à l’école
- Fixer des “rendez-vous parole” réguliers
Petit-déjeuner, retour d’école, dîner : ces moments rituels aident à ce que la parole s’invite naturellement, sans enjeu de performance. - Impliquer tous les membres de la famille
Chacun partage à tour de rôle une anecdote ou une envie : les adultes servent de modèle et l’enfant voit que l’erreur, l’humour, le doute… font partie de la discussion. - Créer un tableau des idées
À la maison, affichez un tableau ou une ardoise où chacun peut noter un sujet à aborder ou une question à poser. Cela facilite le “passage à l’acte” oral. - Côté école, valoriser chaque petite prise de parole
Remercier, féliciter, reprendre une idée évoquée par un élève lors d’une leçon… Favorise l’identification « c’est aussi grâce à moi ! »
En résumé : des paroles qui comptent, pour tous et partout
Favoriser la prise de parole des enfants et des adolescents ne relève pas d’une recette miracle, mais d’un ensemble d’attentions concrètes à la maison et à l’école. Plus la parole est écoutée, valorisée et intégrée au quotidien, moins elle devient source de stress et plus elle s’affirme comme une ressource précieuse. Pas besoin de discours compliqués ou de techniques réservées aux profs : l’essentiel reste de multiplier les occasions, de respecter le rythme de chacun et de partager le plaisir d’exprimer (et d’écouter) dans la bienveillance.
La plus belle victoire ? Voir son enfant s’exprimer avec confiance, argumenter sans crainte et saisir, au fil des années, tout ce qu’il y a à gagner lorsqu’on ose prendre la parole.